Quelle horreur. [ft. Adele Blum]

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Quelle horreur. [ft. Adele Blum]

Message par Jan Lyons le Dim 24 Juin - 2:30



« Ça va ? »
Adele a vaguement hoché la tête, pâle et silencieuse. Voyons, ne peut-elle pas faire l’effort de lui mentir ? Il ne s’y attend pas, il ne le souhaite pas particulièrement. Il accepte son silence et la guide vers la destination qui leur a désignée, le quartier résidentiel abandonné.
Il ne lui dira sûrement pas que ça ne faisait que cinq minutes qu’il avait réussi à s’efforcer d’arrêter de vomir quand il a reçu son SMS, et qu’à vrai dire il faut qu’il l’aime beaucoup pour ne pas l’avoir envoyée balader. Il se contente de lui sourire, la seule chose qu’il ne peut lui cacher étant ses cernes, et lui lâcher par moments quelques phrases pour lui confirmer qu’il ne marche pas tout seul et ne l’oublie pas.
« J’ai une idée d’un endroit où on pourra se parler sans déranger personne. »
ou
« Il y a plus de monde dehors d’habitude, même à cette heure-là. »
Il aimerait être toujours gêné de s’être laissé aller à l’Ultimate de la jeune femme plus tôt, mais il faut dire que voir des connaissances violemment décimées, à jets de sangs et cris d’horreurs, ne l’a pas particulièrement enchanté, et a de quoi dominer toute autre pensée désagréable. Il n’a rien contre la mort en tant que concept, Jan, mais il n’est pas habitué à l’observer. Quelque-part, il préfère ne pas savoir, et il est plus que prêt à l’ignorer – malheureusement, ses yeux ne le trompent pas.
Il ne doit pas être beaucoup plus fort qu’Adele, dans cette situation, mais personne mieux que lui ne peut prétendre bien aller. Il peut se convaincre qu’il prétendra vouloir l’aider ; il a sûrement envie d’être avec elle aussi.
Arrivé dans le vieux quartier, il se retourne pour la regarder un instant – elle marche lentement derrière-lui, la tête baissée, et la moue qu’il aperçoit sur son visage lui indique qu’elle se retient de parler. Elle ne se retiendra sûrement pas longtemps… Et c’est bien lui qui l’invite à s’exprimer, en acceptant son invitation et les isolant pour qu’elle puisse parler à voix haute. Est-ce que ça le dérange, d’être avec Adele ? Est-ce qu’il a envie de l’écouter raconter ce qui lui pèse ?
Ne lui demandez pas, il ne sait jamais ce qu’il veut.
Sans plus rien lui dire, il se dirige vers une maison en particulier, qu’il a auparavant repérée. La porte, légèrement décalée de son encadrement, s’ouvre relativement facilement, et il invite la jeune femme à entrer. Voyant qu’elle entre d’un pas hésitant, il ferme la porte derrière-eux en disant :
« Je suis déjà venu ici. C’est la maison la mieux conservée du quartier. Il n’y a personne ici, t’inquiète, et on pourrait presque y vivre. »
« Je ne savais pas qu’on emménageait. »
Il s’attend à un gloussement au moins exagéré qui ne vient pas.
« Hm. »
Elle s’installe sur une chaise dans ce qui était une cuisine sans même vérifier qu’elle soit en bon état – il suppose qu’elle lui fait confiance, et il se demande si c’est une bonne idée. Lui-même ne se fait pas confiance, et vérifie que la chaise à côté puisse supporter un certain poids avant de s’assoir dessus. Ensuite, il la regarde, et attend.
« Pourquoi tu as accepté qu’on se voie ? »
Il n’hésite pas.
« Pourquoi tu as voulu qu’on se voie ? »
« Tu ne réponds pas à ma question. »
« Ni toi à la mienne. »
Si elle avait gardé un air neutre malgré ses sourcils arqués, elle baisse la tête, ainsi que la voix.
« T’es chiant. »
« Hm. »
Elle n’ajoute rien.
« Il est tard. »
« Alors je suis chiante aussi ? »
« C’est pas grave. »
Il regarde ailleurs, il n’a pas envie de lire son expression. Il est lui-même mal à l’aise suite à ce qu’il s’est passé, alors si elle veut s’exprimer, qu’elle le fasse clairement. Il est déjà bien sympa de l’écouter… Il se demande bien, lui aussi, pourquoi il le fait.
« Mais je ne sais pas quoi dire, Jan. »
« Manquait plus que ça. »
« Évidemment »

Il fixe le vide, une moue presque neutre sur le visage.
« C’est ce qu’il s’est passé, c’est… »
Elle parle par à-coups, cherchant ses mots, et de côté, il voit remuer la tête à chaque pause qu’elle fait.
« … atroce… »
Bien sûr que oui, c’est atroce, mais quel intérêt de lui dire, à lui, surtout ? N’a-t-elle pas des camarades de chambre, des amies, avec qui échanger à ce sujet ? Qu’elle lui demande de le voir est aussi louche que le fait qu’il ait accepté.
« Et qu’est-ce que je fais si… »
Mais pourquoi il a accepté, quelle idée ? Elle ne lui en aurait probablement pas voulu s’il avait refusé. Regardez cette boule d’amour, s’est-il dit plus tôt, cette explosion de douceur qui accepte de prendre un menteur dans ces bras, ne pourrait-il pas lui faire ce qu’il veut ? Ne se laisserait-elle pas faire ? Pourquoi ne pas lui faire le rien qu’est de refuser son invitation tard le soir, à parler de ses problèmes quand lui en a bien assez ?
« Qu’est-ce que je fais si… »
Il tourne subitement la tête vers elle. Elle ne veut pas finir sa phrase. Pourquoi venir lui parler si elle ne compte pas complètement s’exprimer ?
Faux agacement qu’il se donne.
Sa voix est bien douce quand il lui sort,
« Qu’est-ce que tu fais si quoi ? »
Faux calme qu’il s’accorde.
Leurs regards se croisent, et elle laisse encore une pause se marquer – et dans la pénombre de la vieille maison dans laquelle ils sont, il lui semble apercevoir qu’elle rougit, malgré son air terriblement affligé.
« Qu’est-ce que je fais si tu meurs, toi ? »
Il apprécie les surprises, mais n’y pense pas pour l’instant ; il reste immobile, son regard fixe dans celui d’Adele, et n’exprime rien pendant quelques secondes.
Puis il regarde ailleurs, sans expression.
« Tu survivras. »
« Mais j’en ai pas envie. »
C’est par un silence qu’il lui répond. Il fronce les sourcils. Il serre les poings. Il, il, il, il pense quoi, déjà ? Quel être faible qu’Adele.
« Moi j’ai envie que tu survives. »
Mais il n’a pas envie qu’elle rougisse. Il n’a pas envie qu’elle se demande ce qu’elle fera sans lui, à l’instant, il se dit même qu’il n’a pas envie qu’elle pense à lui. C’est terrible, ce qu’il a compris, et il n’a pas plus envie de lui faire de la peine.
Il dirait « je ne suis pas amoureux d’elle » mais il n’a pas l’habitude de dire la vérité.
Puis quand il dit qu’il veut qu’elle survive, il ne ment pas. Il préfèrerait la voir survivre elle, que se voir survivre lui, mais est-ce bien ce qu’elle veut entendre ? Est-ce bien ce que son cœur empli d’amour pour son prochain souhaite savoir, et ne veut-elle pas seulement une assurance que pour elle, il ne laissera pas mourir ?
« C’est pour moi que je le ferais, ça. »
Elle attrape sa main. C’est sa faute, il l’avait laissée traîner. Il regarde la main posée sur la sienne sans rien dire, avant d’échanger son geste et la tenir aussi.
Il ne supporte pas qu’on le touche.
« Est-ce qu’on a vraiment le choix ? »
« C’est à moi qu’elle demande ça ? »
« Tu m’énerves. »
Sûrement dit-il cela car il a senti une larme couler jusqu’à leurs mains jointes. Il regarde à nouveau son visage – elle exprime trop de sentiments à la fois. La peur les domine pourtant.
À lui aussi, ça fait mal, d’imaginer ces expressions écrasées sous un pilier et réduites à une projection de sang. Mais ce qui doit lui faire le plus mal, c’est de savoir que la douleur, pour elle, est insupportable.
« Je t’aime. »
Elle sanglote.
Il sait.
Et que va-t-il faire d’elle ? Oh, il l’aime beaucoup. Il y a des choses spéciales chez Adele. Elle se détache de la moyenne ennuyeuse, elle dépasse son intelligence sûrement, et que va-t-il faire maintenant qu’elle s’est amourachée de lui ? Se débarrasser d’elle, pour ne pas avoir à gérer ces histoires ennuyeuses ?
Mais quelle idée de merde ! Il ne veut pas se débarrasser d’elle ! Il veut juste, il veut juste, qu’est-ce qu’il veut ?
Est-ce un sentiment qu’il connaît, l’amitié ?
Et quand bien-même, ne pourrait-elle pas le partager ? Qu’est-ce qu’elle est chiante, si chiante, qu’il ne sait pas quelle expression lui montrer comme réaction.
Elle se jette contre lui.
Il la tient vaguement dans ses bras.
Il ne sait pas quoi faire.
… Mais il apprécie ce type de surprise.
Il approche son corps du sien, et enfonce sa tête contre son épaule. Terrible sourire décore son visage, mais elle ne peut pas le voir. Heureusement. Il ne veut surtout pas la blesser.
« Je me contenterai de cette idée. »
Étrange jeune femme, qui malgré les larmes glissant sur ses joues, attrape sa tête pour l’embrasser – et terrible soirée, pour décider de se déclarer.
Mais il aura lu des choses sur ce à quoi le stress peut pousser.
Si elle apprécie leurs échanges vides, si elle aime sa proximité, tant mieux pour elle, il est là – et le sentiment étrange d’un baiser aura au moins la qualité de détourner son esprit des atrocités de la journée.
Il doit avouer qu’il est un peu dégoûté, mal à l’aise, il ne saurait vraiment le décrire. Il se laisse faire pourtant, habitué à souffrir, supposons. Une partie de lui se dit que c’est la meilleure manière de s’assurer qu’elle ne puisse pas se servir de lui.
Car c’est la chose dont il a peur, quand il voit tant de qualité en une personne.

Personne ne peut les voir, il pourrait facilement la tuer.
Il leur épargnerait bien des souffrances, n’est-ce pas ?
Mais quelle drôle d’idée, tuer celle qu’il ai-
Quelle horreur.
feat. Adele Blum; "[...]"


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