Ça faisait un moment [Solo]

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Ça faisait un moment [Solo]

Message par Jan Lyons le Jeu 6 Sep - 11:54



Jan est tranquillement assis dans la salle d’attente, s’ennuyant quelque-peu. Ça fait un moment qu’il attend, et ce serait mentir que de dire qu’il ne souhaite pas en arriver à la fin depuis la minute même où cet événement organisé par E.V.E. a débuté.
Il a tout de suite su qu’il n’avait d’autre choix que de se démontrer sur scène, à la fin du temps imparti. En effet, en tant qu’Ultimate Pianist, une scène et un public sont exactement ce qu’il lui faut pour prouver son talent ; et pour vraiment apprécier le piano, qui n’est pas n’importe-quel instrument, il tient à jouer dans un contexte précis, et non dans la rue ou sur une scénette extérieure réservée à la va-vite comme ont pu le faire d’autre musiciens ou artistes. En tous cas, c’est ce qu’il dit. L’idée n’est pas complètement fausse dans le sens où elle lui convient, mais pour être honnête, c’est plutôt qu’il est feignant.
Cette idée d’être honnête, de mentir et de choses fausses ou vraies, il ne peut pas se la retirer de la tête. Cet événement n’est qu’un rappel de plus de son détestable talent, du moins celui qu’on lui a donné. Quelle ironie – qu’on le force à mentir en lui donnant ce titre, et lui accordant un faux. Il est plein de talents, pourtant, il est certain qu’il pourrait en avoir un autre, si vraiment ils voulaient de lui pour cette expérience sociale. Il s’est même trouvé légèrement angoissé, sur le coup, chose assez rare, car il s’est demandé comment il pouvait démontrer son espèce de cafouillis de double talent correctement, mais a rapidement trouvé une solution simple, celle de prétendre être l’Ultimate Pianist.
Car il suppose que c’est ce que les gens derrière cette île veulent.
Il pourra prétendre être confiant, aussi, parce que c’est ce qu’il fait de mieux.
« Monsieur n’est pas confiant, mooonnssieur n’est pas confiant »
Tout ça lui demande tant de réfléchir, il aimerait s’en débarrasser. Oui, il aimerait être tranquille. Mais il devrait s’estimer heureux qu’aujourd’hui, un jour d’épreuve, ses pensées aléatoires se montrent bien calmes…
Il entend son nom. Il relève rapidement la tête et, rapidement les deux pieds sur terre, il se lève pour se diriger vers la scène, en montant les quelques marches d’escaliers qui y mènent. C’est la tête haute, de son air calme, comme d’habitude, qu’il marche, et il veut montrer qu’il ne doute de rien.
« rien rien rien rien »
« rien de rien »
« non, je ne regrette rien »
« ni le bien, qu’on m’a fait, »
« uggggggggghhh »
« ni le mal, »
« de toute façon rien ne va »
« tout ça m’est bien égaaaal… »
« égaaaal égaaaaal égaaaaal »
« oh un piano piano piano un piano un piano »

Il est satisfait de trouver au beau milieu de la scène un beau piano à queue, noir, en parfait état, tout juste comme il l’a demandé. Il apprécie que malgré leur cruauté, les personnes derrière cette île fassent tout ce qui est en leur possible – qui semble fort – pour mettre en place les meilleures éléments leur permettant de démontrer ou améliorer leurs talents. Quand il entre sur scène, il entend des acclamations, de ces jeunes filles qui lui envoient qu’elles sont ses plus grandes fans alors qu’elles ne l’ont jamais entendu jouer, de ces amis qui croient l’être – de gens, peut-être, il n’en a pas grand-chose à faire. Il sourit, se prétendant flatté « sans se prendre la grosse tête », c’est ce qu’ils aiment, mais vraiment, il n’est ni l’un ni ne fait l’autre. Il ne prend pas ces acclamations pour lui, il les voit comme une pratique de politesse, une habitude quand on se sait public, rien de plus.
De toute manière, c’est peut-être le piano qu’ils applaudissent.
Sans plus hésiter, il s’assoit devant son instrument, bien droit, et admire les touches une seconde. Ah, ça fait longtemps qu’il n’en a pas joué.
Il faut avouer que c’est un passe-temps qui l’a bien passionné quand il était enfant. Il suppose que ses efforts de l’époque n’auront pas été si vains.
C’est plaisant, de poser son premier doigt sur la première touche du morceau. Non, il ne déteste pas ça. Il devrait peut-être le fait plus souvent. Quoi, s’il s’entraînait plus, peut-être deviendrait-il le vrai Ultimate Pianist un jour…
Mais ça ne le passionne probablement pas assez.
Il joue l’Allegro de la Sonate pour piano n°18 de Mozart. C’est l’un des morceaux les plus difficiles qu’il ait jamais appris, ah, ça, il ne l’aurait jamais oublié, et il s’est dit qu’il serait de bon augure de le jouer pour prouver au public qu’il s’y connaît.
Parce qu’un public est facile à convaincre, d’autant plus qu’en piano il est facile de prétendre qu’on est doué. Comme lui sait déjà bien jouer, à des n’importe qui comme nous le sommes tous, il est facile de faire croire qu’il est des plus talentueux. Et il ne fait pas d’erreurs, il s’applique – il ne fait même pas l’effort de prétendre ne pas être très concentré, car il ne voit pas ça comme un défaut. Pour une fois.
Et quand il a fini, le public qui s’était complètement tu l’acclame à nouveau, applaudit fort, au point qu’il se dise qu’ils ne joueront pas grand-chose avec ces mains qu’ils abîment. Il salue, comme tout bon pianiste le fait, avec ce petit sourire de quelqu’un qui a fini de travailler. Peut-être a-t-il excellemment joué, peut-être le public est-il juste enthousiaste, ou ignare, il ne le sait pas bien. Ça ne change pas grand-chose, car le résultat est le même.
Il sort de scène, et descend les escaliers vers la salle d’attente pour retourner d’où il vient, ses idées se remettant lentement mal en place après s’être tant concentré sur les partitions qu’il a apprises par cœur par le passé. Mais il est presque en bas quand tout à coup il rate une marche, et tombe en avant.
Et Seigneur, qu’est-ce qu’il se fait mal.
Très rapidement deux personnes qu’il n’identifie même pas, tant il n’en a rien à faire, se jettent vers lui, pour l’aider à se redresser. Elles le font s’assoir.
« Ça va ? », qu’elles demandent.
« C’était une sacré chute », qu’elles disent.
Chute il ne sait pas, mais il s’est bien tordu la cheville. Et ça fait mal, et ça fait mal, et ça fait mal. Et ils n’ont pas la moindre idée du nombre de grossièretés qui lui traversent l’esprit. Elle doit être gonflée, déjà, il l’imagine, il ne veut même pas la regarder. Putain, qu’est-ce qu’il a mal. Ça faisait longtemps, un coup comme ça. Il sent déjà une larme se diriger vers le coin de son œil, prête à couler, parce que le choc et la douleur sont beaucoup trop pour son corps qui ne demande pas à mentir.
Mais il ne la laissera pas faire. Qu’elle reste sagement, dans son œil, il souffle doucement, et relève la tête en disant :
« Non, mais ça va très bien. Merci pour votre aide, ça va aller. »
Il sourit aux deux inconnus, faisant semblant de les regarder dans les yeux, mais franchement ce n’est pas en regardant leurs front comme il fait qu’il va déterminer qui ils sont. Il accepte gracieusement le support de l’un pour se relever, puis se racle assez fortement la gorge en se redressant normalement.
« Merci. »
Souriant légèrement, il s’éloigne.
Et vous n’avez pas la moindre idée de ce que c’est difficile de prétendre ne pas boiter. Il marche normalement, il marche droit, en sortant de la salle. Mais il a mal, et il entend comme des cris qui ne peuvent plus s’arrêter dans son esprit. Il se dit vaguement qu’il va mourir. Mais pas tant qu’il n’y aura plus personne autour, là où il s’accordera peut-être d’y aller à cloche-pied. Peut-être. Si son corps craque avant lui.
feat. son public; "Ça faisait un moment"


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