[R18] Le toucher. (Solo)

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[R18] Le toucher. (Solo)

Message par Agnes Cheshire le Ven 13 Oct - 0:01


Le toucher.
FT. DES INCONNUS

La tête entre les genoux, elle est complètement essoufflée, et sanglote sans pleurer.
Les larmes lui viennent habituellement si facilement, mais pris de panique, il semblerait que son corps ne sache plus réagir normalement – pas plus que sa tête, parce qu’elle n’avait pas la moindre raison de se jeter dans sa baignoire pour s’y réfugier.
Elle a tellement l’habitude qu’on la touche ainsi, et pourtant, elle ne s’y fera jamais. Leurs mains contre son corps la font trembler, et l’idée qu’ils lui fassent Dieu sait quoi la terrifie. Le seul contact d’un doigt avec sa poitrine ou son abdomen lui donne une boule au ventre, et une sensation de paralysie au fond de la gorge, accompagnée d’une énorme envie de vomir. Elle tremble, elle tremble, et sa seule solution, c’est de courir.
Quand une fois de plus, quelqu’un qu’elle connaissait à peine, mais quelqu’un qui lui avait semblé gentil quelques jours auparavant, l’a attrapée par les épaules et sans façons, lui a susurré les mêmes choses qu’ils susurrent tous, en lui caressant – peut-on appeler ce qu’ils font une caresse ? – les seins, elle n’a eu aucune autre solution que le repousser de toute sa force, et partir en courant, sans même essayer appeler à l’aide, car elle sait bien que ça ne sert jamais à rien. Elle a couru, couru, et elle pouvait entendre ses insultes alors qu’il la poursuivait, mais elle ne s’est pas arrêtée, avant d’atteindre le seul endroit dans lequel elle puisse s’enfermer, sa chambre. Elle a cru qu’elle n’arriverait pas à glisser sa clé dans la serrure tant elle tremblait, mais elle a réussi, et sans même regarder à l’intérieur s’y est jetée, claquant la porte derrière elle, et la verrouillant de nouveau.
Maintenant, elle est en boule dans sa baignoire, et elle ne se souvient pas y être allée ; dans la panique, elle s’est jetée dans la salle de bain, qu’elle a aussi fermée à clé, et s’est réfugiée là où elle est. Elle peut entendre sonner, et taper à la porte d’entrée de sa chambre, mais elle reste là, immobile si ce n’est qu’elle tremble, à attendre que ça s’arrête.
Elle est en général si maladroite que se dépêcher quelque part est hors de question, mais quand elle a si peur, elle parvient à courir terriblement vite, sans trébucher sur quelque chose qui empêche sa fuite. Sûrement s’agit-il de l’adrénaline, mais peut-être cela veut-il aussi dire que d’habitude, c’est qu’elle ne fait pas d’effort.
Elle ne sait pas depuis combien de temps elle est là, mais elle respire toujours aussi fort, et elle a envie de vomir. Les coups de pieds dans la porte se font plus forts, mais aussi plus rares – et finalement, il décide de laisser tomber, et s’en aller.
Elle devrait aller mieux, maintenant, c’est ce qu’elle se dit ; mais elle se sent toujours aussi mal, et se laisse s’allonger quelques minutes dans la baignoire sèche afin de reprendre ses esprits. Elle reste quelques minutes ainsi, les bras le long du corps, étendue comme une morte. Ses pensées se mêlent et s’emmêlent, et elle resterait bien ainsi pour toujours, si ça signifiait ne plus jamais être touchée, ou avoir à courir comme une dératée.
Ses yeux sont grand ouverts, et elle croit qu’ils le sont depuis le début. Elle fixe le plafond au-dessus d’elle ; seul un petit vasistas illumine la pièce d’en haut, et comme elle n’a pas pensé à allumer, elle est presque entièrement plongée dans la pénombre. Aucune de ses colocataires n’est présente à cette heure – c’est peut-être tant mieux pour son image, et sa tranquillité, mais cela fait qu’elle est entourée d’un silence presque glauque.
Elle soulève sa main droite et la laisse tomber lourdement, mais sans violence, sur ses seins, provoquant au travers de ses épaules un léger frisson. Elle se dit qu’elle les déteste. Qu’elle ne peut pas, ou ne veut plus comprendre leur raison d’exister. Si pendant longtemps elle a pensé qu’elle aimerait les avoir plus petits, maintenant elle souhaite plus que quoi que ce soit au monde qu’ils disparaissent complètement, laissant une poitrine plate à leur place, une poitrine d’homme… car les choses seraient tellement plus faciles si elle était un homme.
Tant de monde les a touchés. Ce n’est même plus qu’elle se sent salie, à ce stade, c’est qu’ils ne sont plus les siens. Ils appartiennent aux autres. Ils appartiennent à tous ceux qui les ont déjà touchés.
Car au final, il n’y a qu’elle qui ne les touche jamais.
Fixant toujours droit devant elle, elle caresse la naissance de sa poitrine droit sous sa gorge. La peau à cet endroit-là lui semble si sensible, et elle la sait si pâle… Elle ne sait pas pourquoi les autres l’aiment tellement. Aiment tellement la toucher. Aiment tellement y enfoncer leurs doigts, leurs ongles, et la blesser…
Par-dessus ses vêtements, elle passe sa main sur l’entièreté de son énorme poitrine. Elle sait qu’elle ne la touche pas directement, car son épais soutien-gorge ainsi que son chemiser forment plus de deux couches entre sa peau et ses doigts, mais s’imaginer quelqu’un d’autre toucher cet endroit-là lui reste horriblement désagréable.
Qui plus est, ils se limitent rarement au dessous de ses seins, ou à ce qui leur fait face ; comme s’ils savaient exactement où chercher, ils plongent directement leurs mains dans son décolleté, ou au travers du tissu de ses t-shirts, touchent exactement là où il n’y a pas de soutien-gorge pour protéger.
C’est ce qu’elle fait. Elle plonge sa main droit dans son décolleté, sans lever les yeux du plafond, et touche chacun de ses deux seins, par-dessous, entre, et au-dessus ; le toucher contre sa main est chaleureux et agréable, mais la sensation sur sa peau frêle la rend malade.
Caressant son corps au passage, elle remonte délicatement sa main gauche, et par le dessous cette fois-ci, attrape son propre sein gauche. Elle le serre, et le palpe sans façons, comme si elle était quelqu’un qui essayait de se l’approprier ; cela ne lui fait rien ressentir. De sa main droite, elle caresse à nouveau son sein droit, se concentrant sur son téton, qu’elle pince et soulève ; elle sent qu’il est à présent en érection, mais elle ne ressent rien.
Pourtant, elle les attrape encore plus, les palpes, et les masse comme si elle poussait deux boules douces contre son corps. Elle se demande si elle pourra jamais retirer quelconque plaisir de ces attributs qu’elle hait ; elle essaie, elle essaie, et met une passion qu’elle n’a pas dans sa façon de les toucher.
Elle laisse ce travail à sa main gauche, et de sa main droite caresse lentement la peau de son ventre alors qu’elle la descend.
Elle aimerait tant un jour découvrir le plaisir de la chair. Ce n’est que parce qu’elle a su éviter viol après viol qu’elle est encore vierge ; jamais personne ne l’a aimée sans vouloir abuser d’elle. Elle aimerait qu’un jour quelqu’un l’aime, et que l’origine de sa passion soit l’amour, et non une attraction sexuelle sans âme, une envie de l’utiliser, mais elle s’est déjà faite à l’idée que ça n’arrivera jamais. En fait, elle ne peut pas elle-même s’offrir ce plaisir-là ; elle ne peut pas se toucher sans penser à ceux qui la touchent, et sans avoir le but de forcer son corps à aimer cette chose qu’il déteste.
Elle n’est pas sûre de comprendre l’humidité qu’elle trouve quand elle passe la main par-dessus sa jupe, et sous sa culotte. Elle ne ressent pas la moindre excitation – à vrai dire, elle a toujours la boule au ventre, envie de vomir, et elle ne trouve pas de plaisir dans ce qu’elle fait. Ses doigts, pourtant, ressortent trempés, et elle n’a pas besoin de les regarder pour savoir à quoi ressemble le liquide qu’elle sent. Sans bouger la tête, elle ferme enfin les yeux. Elle replace sa culotte, mais caresse sa propre partie intime au travers, d’abord lentement, mais rapidement accélérant, poussant même un peu trop violemment, dans le but de s’exciter, alors qu’elle voit bien qu’elle n’y arrive pas.
Elle retire sa culotte en restant le plus immobile possible, les yeux toujours fermés. Elle enfonce ses doigts là d’où elle vient, et se masturbe, donnant à ses doigts une passion qu’elle n’a toujours pas.
Plusieurs minutes, elle se force à faire ça. Elle n’arrête que parce que sa main lui fait mal.
Elle ne saurait décrire ce qu’elle ressent quand elle caresse l’intérieur de sa partie intime. C’est quelque chose… Quelque chose de différent du reste, en effet, qu’elle ne ressent nulle part ailleurs, mais est-ce vraiment bon ? Elle ne dirait pas qu’elle aime ça, mais elle ne dirait pas non plus qu’elle n’aime pas ça. Ce n’est pas désagréable, mais elle a du mal à définir si c’est agréable.
Elle reste immobile quelques instants, ayant refermé ses jambes, laissant sa main gauche posée sur son sein, et sa main droite posée à côté d’elle, encore recouverte de cyprine.
Chaque seconde qui passe, elle déteste un peu plus ce qu’elle vient de faire. Elle se sent horrible, elle se sent violée ; elle n’a pas aimé, mais encore plus, elle n’aime pas le fait qu’elle l’a fait. Elle n’aime pas qu’on la touche, au point qu’elle n’aime pas se toucher elle-même ; elle rêve d’une passion qui l’animerait, en bas et dans son corps tout entier, mais elle se force à faire cela sans passion, et elle se déteste pour cette raison. Elle a encore plus envie de vomir, maintenant.
Cette passion pour son propre corps, elle sait qu’elle ne peut pas l’inventer. Mais elle aimerait tant la rencontrer, pour le principe seul de la comprendre ; car tant de gens ont une passion malade pour son corps, qu’elle aimerait savoir pourquoi, et peut-être aimer sa sexualité autant qu’eux aiment l’imaginer.
Si au moins elle aimait le sexe sans passion, elle pourrait les laisser faire, histoire de les satisfaire, et ne plus avoir peur comme ça. Mais elle a beau essayer de se forcer, elle n’arrive jamais à apprécier.
Elle rêve juste de quelqu’un qui saura l’aimer plus qu’elle ne s’aime. Qui voudra lui faire de bien, et ne voudra pas juste se faire du bien. Elle voudra lui faire du bien, aussi.
Oh, ça, ce serait plaisant…
Elle entend de nouveau frapper violemment à la porte. Elle peut entendre la voix de la personne qu’elle a fuie, mais aussi d’autres voix masculines, qui semblent l’accompagner. Alors il a ramené des amis…
Une partie d’elle lui dit de leur ouvrir la porte, nue, ainsi, les doigts de la main droite mouillés, et de la cyprine encore appliquée sur ses cuisses, tant qu’elle y est, les laissant faire ce qu’ils veulent d’elle, puisqu’elle vient déjà de se violer et que son corps est prêt, et pour ainsi perdre cette fichue virginité qu’elle a toujours conservée dans le but de la perdre – mais la majeure partie se sent tendue, et a envie de recommencer à sangloter, à l’idée qu’on la touche encore plus qu’elle ne l’a déjà fait.
Elle se roule en boule dans la baignoire, sans oser ouvrir les yeux, et bientôt, ses pleurs recouvrent le vacarme des inconnus qui frappent contre la porte.
Oh, mais que fera-t-elle si ses colocataires arrivent avant qu’ils laissent tomber ? Elle ne veut pas les impliquer… Elle ne veut pas qu’ils les touchent…
Oh, elle a si peur, elle aimerait tant disparaître, ou que son corps disparaisse, qu’elle renaisse laide et qu’elle les fasse fuir, et qu’elle soit ce genre de fille assoiffée d’un toucher qu’elle n’a jamais. Ainsi, elle aimerait celui qu’elle-même se procure… Oui… Ce serait parfait.



Agnes Cheshire
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